Outils libres

Eclipse Capella et la méthode Arcadia : ce qu'il faut savoir pour démarrer

Outils libres · Publié le 2026-10-11

Une sonde spatiale couverte d'isolant doré et argenté, entourée de techniciens en salle blanche
Préparation de la sonde Psyche avant son lancement, en 2023. Photo : NASA / Frank Michaux, domaine public.

Eclipse Capella est un outil libre de modélisation d'architecture, employé sur des projets industriels dans plusieurs secteurs. Sa particularité : il n'est pas d'abord un modeleur SysML, mais l'outil d'une méthode, Arcadia, dont il guide pas à pas la mise en œuvre. Cette page présente l'outil, la méthode, et la manière de les aborder.

D'un outil interne à un projet libre

Capella et Arcadia ont été développés chez Thales. D'après la présentation officielle de la méthode, Arcadia a été élaborée entre 2005 et 2010, en s'affinant de manière itérative avec les architectes opérationnels des différents domaines du groupe. L'outil a ensuite été ouvert : il est devenu un projet libre de la fondation Eclipse, rattaché à PolarSys, et les premières versions recensées sur sa fiche projet datent de 2015.

Capella est aujourd'hui un projet de l'Eclipse Foundation, distribué sous licence Eclipse Public License 2.0. Sa fiche projet indique les versions successives : 6.0.0 en juillet 2022, 6.1.0 en mars 2023, 7.0.0 en avril 2024, 7.0.1 en mars 2025 et 7.1.0 en juillet 2026. Le site officiel, mbse-capella.org, rassemble les téléchargements, la documentation et les ressources de la communauté.

Arcadia en cinq perspectives

Arcadia, acronyme de ARChitecture Analysis and Design Integrated Approach, est une méthode d'ingénierie basée sur les modèles pour la conception d'architectures de systèmes, de matériels et de logiciels. Elle sépare clairement le besoin de la solution, et organise le travail en perspectives successives :

  1. Analyse opérationnelle : ce que les utilisateurs doivent accomplir, indépendamment du futur système. On y décrit les entités opérationnelles, leurs activités et leurs capacités.
  2. Analyse du besoin système : ce que le système doit faire pour les utilisateurs. On y fixe la frontière du système, ses fonctions et ses échanges avec l'extérieur.
  3. Architecture logique : comment le système va fonctionner pour répondre au besoin, sous la forme d'une solution notionnelle, sans choix technologique.
  4. Architecture physique : comment le système sera construit, avec ses composants comportementaux et ses composants d'implémentation.
  5. Stratégie de construction : les contrats de développement des composants et la préparation de l'intégration, de la vérification et de la validation.

On reconnaît la progression entre vues fonctionnelle, logique et physique décrite dans notre article sur le MBSE. La méthode s'appuie sur une approche par points de vue, en référence à la norme ISO/IEC/IEEE 42010. En 2018, l'AFNOR l'a enregistrée sous la référence XP Z67-140, qui décrit une méthode d'ingénierie système outillée par son langage de modélisation.

Capella et SysML : cousins, pas jumeaux

C'est la question qui revient le plus souvent. Capella utilise un langage de modélisation propre à Arcadia, inspiré de SysML et d'UML mais simplifié et spécialisé pour l'ingénierie d'architecture. Les diagrammes de Capella ressemblent souvent à des diagrammes SysML (on y trouve des fonctions, des composants, des ports, des échanges, des scénarios, des modes et états), mais ils obéissent à la sémantique d'Arcadia.

Ce choix a des conséquences pratiques :

Sous le capot

Capella est construit sur la plateforme Eclipse et sur le cadre de conception d'éditeurs graphiques Eclipse Sirius. Cette architecture le rend extensible : des « viewpoints » complémentaires peuvent ajouter des analyses (masse, performance, sûreté), et des extensions permettent de travailler à plusieurs sur un modèle ou de générer des documents. La fiche du projet sur le site de la fondation Eclipse recense les composants et les dépôts associés.

Une première prise en main

Pour découvrir Capella sans se décourager, quelques conseils tirés de la documentation et des tutoriels publics :

  1. Commencer par l'exemple fourni. Capella est livré avec un modèle d'exemple complet qui montre à quoi ressemble chaque perspective une fois remplie. Le parcourir avant de créer son propre modèle évite beaucoup de tâtonnements.
  2. Suivre l'ordre des perspectives, au moins pour le premier projet, même si la méthode autorise des allers-retours.
  3. Ne pas sauter l'analyse opérationnelle. C'est la partie la plus souvent négligée, et celle qui distingue Arcadia : elle oblige à comprendre le métier des utilisateurs avant de parler du système.
  4. Utiliser les transitions automatiques entre perspectives plutôt que de recréer les éléments à la main : c'est ce qui garantit la traçabilité.
  5. Choisir un sujet modeste : un système domestique ou un petit équipement suffit à comprendre la logique.

Deux ouvrages de référence sont mis en avant par le site officiel : l'un consacré à la méthode Arcadia, par Jean-Luc Voirin, l'autre, plus pratique, consacré à l'utilisation de Capella, par Pascal Roques.

Pour qui ?

Capella convient particulièrement aux équipes qui veulent une méthode structurante et un outil cohérent avec elle, sans coût de licence. Il est utilisé dans l'aéronautique, l'énergie et les transports, selon la présentation de l'outil. Pour une équipe qui doit produire des modèles SysML normalisés, échangés avec des partenaires utilisant d'autres outils, un modeleur SysML comme Papyrus ou, demain, un outil SysML v2 comme ceux présentés dans notre article sur SysON et l'écosystème libre, peut être plus adapté. Les deux approches ne s'excluent pas : certaines organisations utilisent Arcadia pour l'architecture et SysML pour l'échange.

Sources